3 Questions à David Géhant

Vice-Président, en charge de l’aménagement du territoire, de l’aide aux communes et aux intercommunalités

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1/ Pourquoi est-il nécessaire de procéder d’ores et déjà à une modification du Schéma ?

David Géhant : La loi Climat et Résilience d’août 2021 nous oblige à le mettre en conformité avec de nouvelles normes, en particulier dans les domaines de la lutte contre l’artificialisation des sols, de la prévention, la gestion et l’élimination des déchets ainsi que de la logistique et du transport de marchandises.

Notre Schéma, arrêté en octobre 2018, contient d’ores et déjà des objectifs et des règles dans ces domaines, c’est pourquoi nous engageons sa modification et non sa révision. Il ne s’agit pas de tout bouleverser, mais d’ajuster ce qui doit l’être. Pour cela, notre réflexion se nourrit également du premier bilan de la mise en œuvre du schéma, qui identifie des éléments à prendre en compte pour agir en cohérence avec l’évolution de notre territoire. Bien évidemment, la concertation avec les acteurs locaux et les partenaires de la Région est au cœur de la démarche de modification, afin d’assurer la meilleure prise en compte possible de leurs attentes. Cette concertation a déjà démarré avec l’organisation des Instances territoriales de dialogue dans chacun des quatre espaces de notre région ainsi qu’avec les représentants des Schémas de cohérence territoriales qui m’ont invité à leur conférence régionale le 17 février.

2/ Vous évoquez le bilan de mise en œuvre : quels enseignements peut-on tirer des deux premières années d’existence du Schéma?

David Géhant : Parler d’enseignement après deux années seulement me semble excessif. Disons que les tendances observées me semblent plutôt positives : le rythme de consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers commence à reculer, de même que la consommation d’énergie ou les émissions de polluants. Ce n’est pas encore suffisant, mais cela va dans le bon sens.

Le rôle de la planification territoriale sera essentiel pour transformer l’essai et amplifier ces résultats. Ici aussi, je note un certain nombre de motifs d’espoir. Par exemple, les récents projets de SCoT semblent bien décliner les orientations du Schéma en matière de stratégie urbaine, d’intermodalité et de biodiversité. Pour certains projets, des efforts supplémentaires auraient toutefois pu être consentis en matière de gestion économe de l’espace, de transition énergétique ou de planification d’équipements de traitement des déchets.

Du côté des PCAET, je me félicite que l’objectif de neutralité carbone et d’une couverture de 100 % des besoins énergétiques des territoires par des sources renouvelables ait été repris par une majorité des récents projets. En revanche, les modalités de mise en œuvre de ces objectifs sont parfois imprécises, un constat qui s’applique également aux projets de Plans de déplacements urbains (PDU).

En ce qui me concerne, je préfère regarder le verre à moitié plein et je suis sûr que la procédure de modification en cours constituera une occasion de plus pour convaincre du bien-fondé d’une stratégie à la fois ambitieuse et équilibrée.

J’ajoute que la Région a démontré sa capacité de fédérer l’ensemble des parties prenantes et à créer un lien de confiance avec les territoires selon un principe de co-construction du schéma et en faisant appel à l’intelligence collective. Mon rôle en tant que Vice-Président à l’aménagement du territoire est d’initier et d’accompagner ces dynamiques et ma volonté est d’écouter chacune des expressions pour aboutir au meilleur équilibre pour le développement de tous.

3/ Quelles seront les priorités à court et moyen terme en matière d’aménagement du territoire régional ?

David Géhant : La crise sanitaire a amplifié certaines dynamiques à l’œuvre, mais tout n’a pas changé en deux ans ! Je dirais même que la plupart des constats dressés lors de l’élaboration du Schéma sont plus que jamais d’actualité.

Dans le cadre de la loi Climat et résilience, il nous est imposé de réinventer notre modèle de développement territorial pour que l’accueil des entreprises et de la population engendre une moindre consommation de nos ressources naturelles et foncières. L’actuelle modification du Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) devra tenir compte de ces contraintes. Mais cela ne doit pas empêcher notre ambition en faveur de l’accueil d’activités fortement porteuses d’emploi et de valeur ajoutée pour notre région, affirmant ainsi la vocation productive de nos territoires.

Le développement harmonieux de tous les territoires régionaux est au cœur de nos priorités. La crise sanitaire et les nouvelles dynamiques résidentielles, professionnelles et de mobilité qui s’en suivent doivent nous pousser à préciser notre vision du rôle de nos « centres urbains régionaux », à savoir nos villes moyennes. Précisons aussi le modèle de développement attendu dans les espaces les plus ruraux : soyons créatifs ensemble afin d’activer d’autres leviers que la seule consommation foncière !

Enfin, la transition énergétique est le grand défi de notre temps. À l’horizon 2023-2024, le Comité régional de l’énergie réunira les forces vives de la région afin de définir nos objectifs de production des énergies renouvelables et de récupération, dans le respect de la future Programmation Pluriannuelle de l’Energie. Profitons de cette occasion pour, ici aussi, définir ensemble le modèle qui nous convient et qui nous permet d’atteindre les objectifs fixés aux niveaux national et européen. Le contexte international tendu avec la guerre en Ukraine et ses conséquences sur le marché de l’énergie nous incitent encore plus à organiser notre territoire de manière résiliente et innovante en faisant évoluer notre schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires. J’insiste sur ce dernier point, notre schéma n’est pas un document figé mais évolutif, amené à évoluer au gré des évolutions législatives et sociétales.